ANNALES ASS/ES/EJE

Selection 2017

SELECTION 2017

Épreuve écrite d'argumentation :

« Les « punitions » : ce terme devrait être banni du langage de l’éducation, il devrait être remplacé par celui de « réparation » ou « annulation de la faute et correction de comportement ».
[...]
La punition a pour but d’aider l’enfant à se développer sainement, c’est-à-dire dans une direction morale, à lui faire comprendre et retenir les règles qui, s’il les applique, lui faciliteront la conquête de sa propre maîtrise, en préservant le sens de sa liberté intérieure, dans un cadre où chacun de ceux qui l’entourent a droit aussi à son sentiment de liberté. »

Françoise Dolto

Pour grandir et bien vivre en société, l’enfant doit être confronté aux interdits, au « non », à la frustration. La punition serait donc un moyen pour oeuvrer dans ce sens là.
Selon vous, qu’est-ce que la punition ? Pourquoi punir un enfant ? En quoi peut-elle être bénéfique ou inefficace pour l’enfant ?

Vous développerez votre point de vue dans un écrit structuré, argumenté et étayé par des exemples pratiques.

Consignes :
Rédiger 3 pages maximum.
La notation ne sera pas fondée sur une appréciation normative des idées développées.

Épreuve écrite de synthèse :

Faire une présentation synthétique de ces deux textes en 1 page maximum.

Texte 1 :

LE REVENU D ' EXISTENCE , UNE IDEE QUI FAIT SON CHEMIN ( PAR P. T ILLET )
POLITIS . FR - 2 JUIN 2014
SOURCE : HTTP://WWW.POLITIS.FR/BLOGS/2014/06/LE-REVENU-DEXISTENCE-UNE-IDEE-QUI-FAIT-SON-CHEMIN-27234/

C'est un des paradoxes de toutes les crises de civilisation. Ce sont souvent d'elles, et non des "décideurs" politiques, que naît le meilleur des révolutions sociales. La crise que nous traversons, et qui consacre l'agonie du capitalisme triomphant, pourrait bien ainsi favoriser l'éclosion d'un revenu minimum d'existence pour tous.
Comme son nom l'indique, le revenu minimum d'existence (dit aussi "revenu de vie") est un revenu de base garanti à chaque citoyen, sans conditions de ressources ni obligation de travail, pour satisfaire ses besoins vitaux élémentaires (logement, entretien, santé, éducation...).
[...]

VERS DES MINIMAS SOCIAUX DECULPABILISES ET DECENTS ?
En réalité, le revenu minimum d'existence est déjà inscrit dans notre réalité française.
Mais à l'état embryonnaire et surtout très honteux : les minimas sociaux.
Embryonnaire, parce que notoirement insuffisants pour offrir un minimum vital décent à chaque citoyen. Honteux, parce que dans une société où la valeur-travail fait encore référence, ils sont considérés comme un encouragement pervers à l'oisiveté.
Seulement voilà, les périodes de crises graves mettent souvent à mal les carcans mentaux qui nous emprisonnent dans des schémas de pensée obsolètes. Le plein-emploi a disparu de notre horizon depuis une bonne trentaine d'années. Et les Français déclarent ouvertement leur désamour du boulot.
Du coup, l'idée de revenu de base revient sur le devant de la scène, déculpabilisée.
Des pétitions sont lancées. Des mouvements politiques s'en emparent (EELV, Nouvelle Donne...). Des films lui sont consacrés. [...]


UN DROIT DE L 'HOMME ELEMENTAIRE
Alors quoi, après les congés payés nés en 1936 sur les ruines fumantes de la crise de 29, après la Sécurité sociale engendrée en France le 4 octobre 1945 à la suite d'une monstruosité guerrière planétaire, le capitalisme agonisant du monde d'avant va-t-il accoucher d'un revenu d'existence pour tous les citoyens du monde d'après ?

Texte 2 :

QU’EST - CE QUE LE REVENU UNIVERSEL DE BASE ?
LE MONDE - 23 Avril 2016 - Par Charlotte Belaich

Source :http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/04/23/qu-est-ce-que-le-revenu-universel-de-base_4907543_3224.html (consulté le 30 / 09 / 2016)

Revenu de base, universel ou d’existence, le principe a plusieurs noms et une définition : « C’est une somme d’argent que chacun reçoit indépendamment de qui il est », explique l’économiste Samuel Bendahan. Enfants, étudiants, salariés,
autoentrepreneur, chômeur ou retraité, tout le monde y a droit, sans condition ni contrepartie.
Une définition claire, mais qui ne précise pas le montant de cette « somme d’argent ». « C’est le problème avec ce concept. Il peut être perçu comme un revenu d’existence ou comme un complément de salaire », dit Samuel Bendahan. Or à chaque montant correspond une vision bien particulière du revenu universel.

UNE DEFINITION ET PLUSIEURS VISIONS
« C’est une vieille histoire écrite par des libéraux et des gens plus étatistes. Le concept a une double racine », raconte l’économiste Jacques Bichot. Les partisans du revenu universel ont donc des arguments et des objectifs différents.

PROTEGER LE TRAVAILLEUR ET ENCOURAGER L’INITIATIVE
Du côté de la vision « étatiste », le concept de revenu de base repose sur l’idée selon laquelle l’Etat providence doit assurer à tous ses membres un minimum vital. Dans cette conception, le montant du revenu doit donc être suffisant pour vivre et par la même occasion, permettre l’émancipation des travailleurs. « C’est une façon de s’affranchir du pseudo-esclavagisme qu’est le travail», explique Samuel Bendahan. Assuré d’un revenu, le citoyen n’est plus dépendant du travail, et ainsi du patronat. Une façon de renverser les rapports de force.
[...]

REDUIRE L’INTERVENTION DE L ’E TAT ET LIBERALISER LE TRAVAIL
Pour d’autres partisans du revenu universel, l’objectif est de simplifier au maximum le système d’aide sociale et de réduire l’intervention de l’Etat. Dans cette vision, l’allocation versée vient remplacer tous les autres systèmes de redistribution, des
retraites à l’assurance maladie.
[...]
Autre argument des libéraux, la libéralisation du marché du travail. Si chacun reçoit une allocation mensuelle lui permettant de survivre, plus besoin d’outils comme le smic pour sécuriser les travailleurs. Enfin, puisqu’il est versé aux travailleurs comme aux chômeurs, le revenu de base inciterait au travail.
[...]

Selection 2016

SELECTION 2016

Epreuve écrite d'Argumentation

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi". » 1

Pour Michel Tozzi, professeur en Sciences de l’Education, la liberté d’expression « a comme limite la prise en compte de l’existence d’autrui, sa liberté et la nécessité de vivre ensemble : ne pas diffamer autrui (porter atteinte à son image, sa réputation) ; ne pas inciter à la haine, au racisme, au terrorisme (qui troublent l’ordre public). » 2
L’actualité de ces derniers mois est venue, entre autre, interroger avec force la liberté d’expression et ses limites.
Si la liberté d’expression apparaît comme une « valeur » de la Démocratie offrant à chacun « la liberté de penser », il n’en demeure pas moins qu’elle a comme première limite le respect de l’Autre.

Après avoir défini ce qu’est, selon vous, la liberté d’expression, vous vous appuierez sur les propos de M. Tozzi et sur vos expériences, pour commenter et discuter ce point de vue dans un développement structuré, argumenté et illustré.

1 - Déclaration universelle des Droits de l’Homme, 1789
2 - Michel Tozzi, http://www.cahiers-pedagogiques.com/La-liberte-d-expression-oui-Mais-jusqu-ou , 28 janvier2015, (consulté le 12-11-2015)

Epreuve écrite de Synthèse

Faire une présentation synthétique de ces deux textes en 1 page maximum.

TEXTE N°1

Le vélo est-il l’avenir de l’Homme ?
Source : http://www.greenroom.fr/74668-le-velo-est-il-lavenir-de-lhomme/ (consulté le 10/11/2015)

Fixies, pliants, VTT, le vélo fait de plus en plus d’adeptes et est en passe de devenir le moyen de transport par excellence. Greenroom vous explique pourquoi.


« A vélo dans Paris on dépasse les taxis ». Ces paroles désuètes tirées de « La complainte de l’heure de pointe » de Joe Dassin expliquent en partie l’engouement d’un nombre croissant de citadins pour préférer le vélo comme mode de transport occasionnel voire quotidien. « Vélotaffeurs », tels que sont surnommés les travailleurs qui enfourchent leur monture pour se rendre au travail, [...], ce deux-roues est devenu au fil des mois une véritable tendance.
On ne compte plus les réparateurs qui ouvrent leurs portes sur Paris et les initiatives alternatives qui pullulent pour sensibiliser les citadins sur ce moyen de transport – en 2006, la France comptait sept ateliers de réparation de vélo contre 120 en 2013, [...]. Il y a un mois, le Conseil national des professions du cycle (CNPC), [...] publiait son bilan 2014 de l’industrie du vélo. Ce dernier est sans équivoque. Les ventes de cycles, d’équipements et d’accessoires ont progressé de 7,5 % pour atteindre un chiffre d’affaires total de 1,616 milliard d’euros. Les ventes de vélos ont augmenté de 7% par rapport à l’année précédente. Concrètement, 2 977 600 vélos ont été vendus en France durant l’année qui vient de s’écouler. De même, les ventes d’équipements et d’accessoires (antivols, pompes, casques, textiles, roues, etc...) pour cycles sont en hausse de 6% par rapport à 2013.

C’est que le vélo possède de nombreux avantages. En ville, il reste le moyen de transport le moins cher en comparaison avec la voiture et le scooter. Les frais engendrés pour sa réparation et son stationnement demeurent également moindres.
Le faible coût financier est « l’argument qui décide le plus de personnes », [...]. Mais pas que. Le vélo est également un moyen de transport rapide pour relier un point à un autre. [...] Sur une distance courte, soit moins de 5 km, « le vélo est plus rapide et supprime les problèmes de stationnement. En outre, 50 % des trajets en ville font moins de 3 km. Un cycliste roule en moyenne à 15 km/h en ville, contre 14 km/h pour une voiture ». De quoi vous motiver à lâcher votre vieille auto au profit d’un beau vélo.
Outre ces deux aspects, la bicyclette est bonne pour votre santé – à condition que vous pensiez au masque lors de trop longs déplacements au milieu des voitures .
Vous pouvez ainsi déculpabiliser lors de soirées lourdes en nourriture et en boissons fantaisies si vous savez que vous regagnez votre demeure à vélo. Enfin, [...] le vélo engendre le partage et la solidarité. « Heureux Cyclage », réseau d’ateliers vélo participatifs et solidaires, qui regroupe 69 ateliers adhérents répartis en France et en Belgique, « a vocation à mettre tout le monde à vélo ». Au sein de leurs ateliers, dont la fréquentation est en constante augmentation, « des vieux et des jeunes [...] pratiquants du vélo se côtoient ». [...]

TEXTE N°2

Le vélo, une solution d’avenir ?
Les Grands Dossiers des Sciences Humaines – N°40, S ept/Oct/nov 2015
F. Héran, Maître de conférences en économie à l’université Lille-I, chercheur au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques, il a récemment publié Le Retour de la
bicyclette. Une histoire des déplacements en Europe, de 1817 à 2050 (La Découverte, 2014).


Économie d’énergie, économie financière, bienfait pour la santé...Les partisans du vélo le parent de toutes les vertus pour en faire une alternative crédible à la voiture.

Après des décennies de baisse rapide puis de stagnation, la pratique de la bicyclette connaît en France, depuis 10 à 20 ans selon les villes, une remontée spectaculaire dans les centres-ville [...].
Ce retour de la bicyclette est une bonne nouvelle pour ceux qui souhaitent une ville plus apaisée, moins bruyante et moins polluée. Mais elle est aussi perçue par d’autres comme une perspective peu réjouissante. Les piétons craignent ce mode de déplacement silencieux [...]. Les automobilistes trouvent que les cyclistes compliquent une circulation urbaine [...]. Et les conducteurs de bus doivent redoubler de prudence en dépassant les vélos [...].
Le vélo par étapes
Comment la petite reine est-elle parvenue à retrouver quelques couleurs et ce renouveau peut-il s’étendre ? Disons-le tout de suite, contrairement à une opinion tenace, ce ne sont ni les aménagements cyclables, ni les vélos en libre-service qui ont permis ce renouveau. L’histoire longue des fluctuations dans l’usage du vélo utilitaire en Europe nous enseigne que le facteur clé a toujours été la concurrence des véhicules motorisés, leur nombre et leur vitesse. [...]
Contre l’envahissement des villes par la voiture
[...]
Le retour de la bicyclette en France s’inscrit [...] dans une histoire européenne et même mondiale de la modération [...]. Ce n’est en rien une mode passagère. Comme partout ailleurs, les villes françaises continuent de calmer le trafic en multipliant les zones apaisées [...]. En conséquence, il ne fait donc aucun doute que la bicyclette continuera à étendre son domaine au gré de ces extensions et de l’arrivée de nouvelles générations moins attachées à la voiture.
Reste toutefois aux différents acteurs à recréer un « système vélo » performant, comme il existe déjà aujourd’hui un système automobile très complet. Ce qui signifie en même temps favoriser l’usage de vélos plus fiables et plus adaptés [...], aménager un réseau de superpistes cyclables, multiplier les services de réparation et de location
[...]
La ville cyclable n’est pas une utopie
Le potentiel est immense.[...]
La ville cyclable n’est donc pas une utopie. Elle est déjà une réalité. Reste à s’interroger sur ce qu’elle pourrait nous apporter. Le principal argument n’est pas [...] écologique, car les déplacements à vélo ne remplacent pas d’abord des déplacements automobiles mais en grande majorité des déplacements à pied et en transports publics, de quoi tout de même rendre les piétons plus véloces, désaturer les transports publics dans les centres-ville et les renforcer en périphérie. [...].
L’enjeu décisif concerne plutôt la santé. Comme toute activité physique régulière, le vélo est un formidable médicament qui prévient et contribue à guérir de nombreuses maladies chroniques, comme le démontrent les travaux des épidémiologistes. Avec la fin de la croissance, l’enjeu économique devrait bientôt s’imposer, non seulement pour les ménages qui réduiront leurs frais de transport, mais surtout pour les collectivités dont les finances sont exsangues : les aménagements cyclables sont en effet beaucoup moins coûteux que les aménagements routiers ou ferroviaires.

Selection 2015

SELECTION 2015

Epreuve écrite d'argumentation

Adapter la société aux besoins du plus grand nombre pour maintenir l’autonomie des personnes L’environnement dans lequel la plupart des Européens vivent n’est pas adapté à l’augmentation du nombre de personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Des obstacles physiques empêchent un bon nombre d’entre elles d’accéder à certains services. Ce manque d’accessibilité est particulièrement problématique dans les domaines de la vie quotidienne, comme l’environnement bâti (les trottoirs, les infrastructures extérieures,...), le logement, les technologies de l’information et de la communication, les transports.
Il est crucial de rendre les biens et services accessibles à tous afin que les personnes âgées et les personnes en situation de handicap puissent vivre de façon digne et autonome, participer activement à la société et jouir de l’ensemble de leurs droits en tant que citoyen.

  • Que pensez-vous de cette affirmation issue du rapport de 2012 remis à Monsieur le premier ministre français par Madame Martine Pinville, députée de la Charente et intitulé "Relever le défi politique de l’avancée en âge : perspectives internationales" ?
  • Dans un développement structuré, argumenté et illustré, vous commenterez et discuterez ce point de vue.

Consignes :
rédiger 3 pages maximum.
La notation ne sera pas fondée sur une appréciation normative des idées développées.

Epreuve écrite de synthèse

Faire une présentation synthétique de ces deux textes en 1 page maximum.

Texte N°1

Extrait de : "Pourquoi est-il (si) difficile d’écrire?
Philippe Meirieu

Professeur des universités en Sciences de l’éducation et spécialiste de la pédagogie
Les petits guides J’aime Lire, Bayard jeunesse, 2007, 55p.

Même ceux qui font les fortes têtes n’en mènent pas large lorsqu’ils doivent écrire leur première lettre d’amour. D’abord, bien sûr, il y a la présentation : il faut s’appliquer, mais ne pas en faire trop. Pas question de passer pour un bon élève qui recopie un texte au tableau, en penchant la tête et en tirant la langue. Mais pas question, non plus, de bâcler un texte que l’autre – on l’espère bien – va lire et relire cent fois. Et puis, il y a la question de l’orthographe : il est bien possible que le destinataire ne soit guère meilleur que l’auteur dans ce domaine. Pourtant, il vaut mieux ne pas prendre trop de risques. Le ridicule ne tue pas, mais si l’on peut l’éviter... Enfin, bien sûr, il faut trouver les mots justes : ceux qui vont faire mouche et résonner longtemps chez l’autre, ces mots qui lui permettront d’entendre, enfin, ce qu’on n'a pas encore su lui dire.
Mais les mots sont parfois piégés et il faut faire attention : éviter les maladresses, ne pas utiliser une expression qui fâche, ne pas laisser trop de place au doute. Un écart de langage, une approximation, quand l’autre est en face de vous, se rattrape vite : on se reprend et on ajuste, on explique et on se justifie. Les enfants et les adolescents, d’ailleurs, adorent ces discussions à n’en plus finir où rien n’est jamais complètement stabilisé. C’est le grand plaisir de la parlotte...
Pourtant, vient un temps où la parlotte ne suffit plus : il faut fixer les choses pour bien les transmettre, les écrire pour les offrir vraiment. Non que la parole ne puisse être un cadeau : il y a des propos qui nous habitent longtemps, souvent à l’insu même de ceux qui les ont prononcés. Mais ils n’existent que par notre pouvoir de les faire exister. Ils ne résistent au temps que grâce à notre mémoire. Ils sont donc condamnés à l’usure et à l’oubli. Au mieux, ils disparaîtront avec nous.
Or il y a des choses qu’on voudrait éternelles : de ces choses si fortes qu’on ne peut accepter de les livrer à l’aléatoire. On éprouve le besoin de les inscrire quelque part : en gravant une pierre, en entaillant l’écorce d’un arbre, en noircissant une feuille de papier. Comme pour dire : "C’est là et cela va rester. Cela a eu lieu et la trace en restera quelque part, même quand nous ne nous en souviendrons plus". Nous laissons un signe de ce que nous sommes et de ce que nous vivons. Il témoigne pour le futur et, étrangement, donne au présent une densité nouvelle.
Car on vit plus intensément ce que l’on a écrit: parce qu’on l’a mis en mots et que, justement, on a fait cet effort d’aller au plus près, au plus juste, au plus vif. L’écriture nous révèle ce que nous ne savons pas dire : son exigence nous contraint à identifier précisément ce qui, sans elle, nous glisserait entre les doigts comme du sable.
L’écriture est infiniment précieuse... mais elle n’est pas sans danger : par l’écrit, on s’expose, on prend le risque de donner à l’autre une image imparfaite de soi. Ecrire, c’est lui livrer des pièces à convictions dont on ignore s’il les utilisera à charge ou à décharge. Parce que l’écrit fixe le langage, il renvoie souvent à la peur d’être jugé. La première lettre d’amour, comme tous les écrits qui font sens dans notre histoire, est toujours un examen de passage. On espère qu’elle convaincra, mais on craint l’échec. Un échec d’autant plus cuisant que la lettre est là et témoignera à jamais d’une vaine et dérisoire tentative. Il faut évidemment l’écrire cette lettre. Mais nul ne peut l’écrire sereinement.
Ainsi en est-il de tous nos écrits : ce sont toujours des aventures, des paris sur l’impossible. Nous en avons besoin et, en même temps, ils peuvent se retourner contre nous. Ce sont des étapes et des épreuves à la fois. Chaque écrit permet de grandir parce qu’il permet de se dépasser et le résultat n’est jamais joué d’avance. Du premier gribouillis à la première lettre au Père Noël, de la première narration au premier message électronique, chaque forme d’écrit est, pour chaque enfant, un défi nouveau. Une manière de grandir. D’être plus présent à lui-même et au monde. Et c’est notre tâche que de l’accompagner sur ce chemin.

Texte N°2

Extrait de : Pourquoi est-il si difficile d'écrire?
Nicolas Journet

Docteur en ethnologie et collaborateur à Sciences Humaines
Sciences Humaines, Novembre 2013, N°253

"Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire...", répète inlassablement le perroquet du bistrotier ami de Zazie, comme un encouragement à faire mieux. Faire mieux que parler, c’est par exemple écrire, mais un romancier comme Raymond Queneau en sait quelque chose : c’est nettement plus fatigant. Si lui-même n’a jamais fait état de soucis particulier de ce côté, beaucoup de ses confrères, dont Victor Hugo, Stendhal et Gustave Flaubert, ont avoué souffrir de la fameuse angoisse de la page blanche. D’autres se sont ligués pour dénoncer le mythe du poète inspiré, en répétant qu’écrire, c’est toujours du travail. Quant au petit Nicolas de René Goscinny, il trouvait tout simplement que "téléphoner, c’est rigolo", alors qu’écrire, "c’est embêtant". Pourquoi est-il laborieux d’écrire ?
D’abord, évidemment, il y a un apprentissage à faire pour maîtriser les lettres et les mots, ou tout autre moyen graphique véhiculant du sens. Au bas mot, trois ans de travail scolaire acharné, avant de pouvoir envoyer sa première lettre au père Noël. À ce stade, les problèmes ne font pourtant que commencer : viennent la maîtrise de l’orthographe et l’art de composer un texte compréhensible, choses qui ne sont pas garanties à tout le monde. Même pour un adulte bien entraîné, voire pour un professionnel, se mettre à écrire est presque toujours envisagé avec une certaine appréhension, alors que soutenir une conversation avec des amis est plutôt une détente.

UNE PENIBLE CONVERSION
[...] écrire c’est se lancer dans le vide. Il faut avoir quelque chose à dire, et entrevoir dans quel ordre on va l’énoncer et par où commencer. [...] l’écriture est monologique : pas d’interlocuteur, pas d’interruption, pas de questions et pas de réponses. Il faut donc tout faire soi-même, sans être sûr du résultat. Sera-t-il correct et intéressant ? Pour tenter de le savoir, on se relit : tout scripteur est en même temps son premier lecteur. Est-ce vraiment conforme à ce que l’on voulait dire ? Est-ce vraiment cela que l’on aimerait que les autres comprennent ? Oralement, on peut toujours se reprendre, reformuler autrement. À l’écrit, il faut détruire et recommencer, [...].
Deuxième motif de difficulté : écrire demande de la concentration. Il y a plusieurs raisons à cela. La première est que la technique, qu’elle soit manuelle ou mécanographique, accapare une partie de l’attention. Mais surtout, elle impose une forte contrainte à la pensée. Nos idées peuvent venir en paquets, simultanément ou comme un flot sans interruption. Combien de fois avons-nous fait l’expérience que ce que nous imaginions vouloir dire ne pouvait pas se formuler tel quel par écrit ? L’écriture, elle, est strictement linéaire et scandée par des discontinuités entre les mots et les phrases. Il y a donc une pénible conversion à faire. De plus, sauf cas exceptionnel, nous écrivons beaucoup moins vite que nous parlons, et donc que nous pensons. [...]
Une autre complication vient du fait que l’écriture est un monomédia, tandis que l’interaction verbale est un multimédia. Il s’agit donc de faire entrer dans un canal unique et étroit toutes sortes d’informations véhiculées à l’oral par l’intonation, le geste, le regard, l’expression du visage, la situation même que partagent les interlocuteurs. La parole est, dit-on, aidée par un contexte et s’appuie sur lui. L’écriture tend à perdre ce contexte et ne peut compter que sur ses propres forces.
[...]

UNE TRACE TANGIBLE ET IRREVERSIBLE
[...] Comme dit le proverbe, "les écrits restent", et peuvent – et sont même destinés en général à – être lus par quelqu’un. Car, même si le scripteur n’a pas d’interlocuteur, il a en général un ou plusieurs destinataires, qu’ils soient connus ou inconnus. [...] nous rédigeons avec l’inquiétude subliminale que ce quelqu’un comprendra ou ne comprendra pas, aimera ou n’aimera pas, jugera notre production, s’il ne s’en moque pas franchement. C’est pourquoi écrire, c’est s’engager, c’est produire des énoncés qu’à un certain moment on ne pourra plus changer et qu’il faudra bien montrer. [...]
[...] l’écriture ne fait pas que transcrire un message : en en fixant la lettre, elle met en évidence les imprécisions et les contradictions qu’il peut comporter. [...]. Par retour, l’écriture aurait donc contraint les hommes à plus de cohérence, de rationalité et de précision. Tout en soulageant la mémoire, l’écriture a donc apporté de nouvelles exigences de rigueur, celles-là même qui rendent la formulation d’un texte écrit plus coûteuse en réflexion qu’un propos oral.
[...]

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Selection 2014

SELECTION 2014

Epreuve écrite d'argumentation

"Le fait de séparer un groupe social, un ensemble humain, une communauté en le (la) traitant plus mal que l’ensemble des citoyens est-il devenu le trait dominant de sociétés – par ailleurs démocratiques – quand elles refusent ou se protègent de la diversité culturelle, ethnique, et sociale. Dans un état de droit, si cher à leurs valeurs, comment expliquer l’existence même de ces discriminations au point qu’il faille en France par exemple, établir une "  Haute Autorité  " pour lutter contre  ! "

Michel Morineau (Président de la Ligue de l’enseignement de l’Yonne)
Source  : http://www.commentfairesociete.org

Comment comprenez-vous cette appréciation et la jugez-vous aujourd'hui pertinente  ?
D'après vous, quelles sont les qualités qu'un travailleur social doit avoir pour accompagner des personnes de culture différente  ?

Consignes : rédiger 3 pages maximum.
La notation ne sera pas fondée sur une appréciation normative des idées développées.

Epreuve écrite de Synthèse :

Faire une présentation synthétique de ces deux textes en 1 page maximum.

Texte N°1

Extrait de  : Olivia Samuel* "Moi, ma famille", Informations sociales 1/2008 (n° 145), p.  58-67.
* Maître de conférences en démographie à l’Université de Versailles-Saint-Quentin et membre du laboratoire Printemps (UMR CNRS-UVSQ)

L’institution familiale, tout en étant traversée par des bouleversements considérables depuis les années 1960 (Déchaux, 1998) reste matériellement, affectivement et symboliquement centrale dans l’existence des individus. Réalisées dans le cadre de l’Eurobaromètre, les enquêtes successives sur les valeurs des Français le rappellent, tout comme les résultats présentés ici, tirés de l’enquête “Histoire de vie - Construction des identités” (INSEE, 2003). Une écrasante majorité de la population considère la famille comme ce qui compte le plus, loin devant le travail, les amis, les loisirs. Néanmoins, la perception de celle-ci et surtout de la place que l’on y occupe est loin d’être uniforme. Le milieu social, la situation d’emploi et la trajectoire familiale sont étroitement liés à la façon dont les individus s’identifient à elle et surtout à la manière dont ils vont endosser leurs rôles et leurs identités familiales.

Se définir par la famille

L’enquête “Histoire de vie” a donc confirmé l’importance de la famille comme registre d’identification, en particulier entre 30 et 44 ans, âges de constitution de sa propre famille. Le fait de vivre en couple et d’avoir des enfants renforce ce sentiment. C’est au travers des interactions sans cesse renouvelées dans la “famille du quotidien”, celle que l’on a soi-même constituée et donc choisie, que s’ancre le plus ce sentiment d’identification à la famille.

Cette identification est assez partagée par les hommes et par les femmes, et les représentations stéréotypées d’un plus grand attachement des femmes à la famille et des hommes au travail ne sont de ce point de vue pas très flagrantes. Toutefois, des nuances sont à apporter selon les caractéristiques individuelles. Dans les milieux sociaux et culturels les plus dotés (études supérieures, emploi de cadre, résidence en centre urbain), une mise à distance de la famille est davantage marquée, en particulier chez les femmes cadres. Le fait d’avoir une bonne position professionnelle leur permet de développer des sphères d’identification concurrentielles à la famille, notamment celles du travail, et de s’affirmer en dehors des représentations féminines traditionnelles. Si elles se reconnaissent moins dans la famille, c’est aussi en raison d’une plus grande fréquence du célibat et de l’absence d’enfant pour les femmes occupant des emplois très qualifiés. En effet, la formation d’une famille dans un contexte social qui est loin d’avoir éliminé une forme de spécialisation sexuée des rôles familiaux et professionnels s’avère être un frein à la rentabilisation des capitaux scolaires sur le marché du travail. Inversement, pour les hommes, c’est le fait de ne pas être en emploi qui les conduit à moins s’identifier à la famille. Cela est probablement lié au “handicap” du chômage par rapport à la vie de famille  : les hommes sans emploi sont moins souvent en couple et moins souvent père que les autres (Commaille, 1999).

Ainsi, le rapport subjectif à la famille, bien qu’il soit très majoritairement positif, est aussi le produit de ressources culturelles et sociales, de situations familiales objectives et du degré d’adhésion aux normes sexuées des rôles familiaux.

Texte N° 2

Extrait de  : Jocelyne Augier*  : "Quand les générations s’emmêlent", 2008
* psychologue clinicienne

Depuis quelques années, on assiste à un véritable engouement pour le transgénérationnel. Ouvrages de tous ordres s’affichent dans les devantures et sites internet se multiplient en même temps que se développent techniques diverses et variées pour partir à la conquête de notre histoire, faisant de nous de véritables détectives de nos origines. Ainsi nous sont proposées, selon la méthode (psychogénéalogie, constellations familiales, thérapie transgénérationnelle), la réalisation de notre arbre généalogique ou "arbre de vie", celle de notre génosociogramme, la mise en espace des relations familiales. Lieu, dates, nom et prénom, maladies, métiers, événements marquants (mariage, décès, faillite) sont passés au crible pour y détecter d’éventuels secrets de famille, des répétitions de scénarios de vie, des loyautés familiales invisibles.

Il est bien évident aujourd’hui pour beaucoup que nous ne sortons pas "de la cuisse de Jupiter" et que chacun d’entre nous se trouvant inscrit dans une lignée familiale en porte plus ou moins consciemment la "marque" identificatoire. Ce travail de mémoire dont Anne Ancelin Shützenberger a renouvelé l’intérêt auprès du grand public avec son livre "Aïe mes aïeux !" est certes essentiel pour une meilleure compréhension de ce que nous sommes. Au même titre que l’histoire avec un grand H tente d’éclairer l’évolution de nos états, de nos sociétés, de notre humanité, l’histoire familiale éclaire la nôtre, individu.

A une époque, où nombre de repères traditionnels sont remis en cause et où l’homme moderne "incertain" (Jacques Arènes) tente d’habiter une identité morcelée, éclatée, la psychogénéalogie née en 1980 a ouvert une nouvelle voie d’investigation aux individus en quête d’eux-mêmes. Chacun tente de trouver la voie de sa réalisation, pour devenir soi-même. Retrouver ses racines à travers son arbre généalogique, comprendre les aspects cachés de son roman familial pour mieux "se libérer du destin familial" (Elisabeth Horowitz) se proposerait comme l’une d’entre elles.

C’est tout à l’honneur de la psychogénéalogie (méthode de psychanalyse qui consiste à rechercher dans le vécu de nos ancêtres les sources de nos éventuels troubles psychologiques, comportements étranges et/ou maladies actuelles) d’avoir pointé l’importance de nos origines sur notre évolution. En proposant des clefs de compréhension à un assez large public, elle a su très probablement réveiller certaines consciences à un système d’appartenance qui peut finir par peser lourd lorsqu’on s’y enferme. Mais celle-ci et ses variantes me semblent ne faire essentiellement appel qu’aux fonctions conscientes ou préconscientes de l’esprit, et donc qu’à la pointe de l’iceberg ? Comment replacer l’inconscient dans cette recherche ?